Emitage de Galamus et Gorges de l'Agly

L’ermitage de Saint Antoine de GALAMUS est un lieu vertigineux et grandiose, accroché au flanc des falaises qui dominent l’Agly ou "rivière des aigles". C’est un ensemble de deux grottes dont la principale, alimentée par une petite source, est dédiée à Marie-Madeleine : ermite des premiers temps du Christianisme et qui se réfugia à la Sainte Baume (département du Var) lorsqu’elle eut quitté la Terre Sainte. Cette grotte, devancée d’une terrasse, fut certainement l’abri initial où s’installèrent les ermites au fil des siècles. Dédié à Saint Antoine le Grand (Patron des ermites), tel un nid d’aigle, l’ermitage n’était accessible que par le fond de la vallée de l’Agly en suivant la rivière et en prenant un chemin escarpé quasiment à l’aplomb de l’ermitage : c’était l’itinéraire emprunté par les processions et les pèlerinages ainsi que par les "cueilleurs" en tout genre.           

 

Galamus1

C’est par la route des gorges qu’aujourd’hui nous pouvons accéder aux deux aires de stationnement qui desservent Saint Antoine. En partant du 1er parking en venant de Saint Paul de Fenouillet, un sentier nous conduit à l’entée basse de l’ermitage en suivant un  tracé à flanc de ravin, au dessus des gorges ; à partir du 2ème parking toujours en venant de Saint Paul, juste après le tunnel routier on accède à l’ermitage par le haut.

Tunnel

Ce dernier sentier pittoresque et accidenté, dont la réalisation date des années 1920 à 29, passe dans le lit d’un torrent temporaire et capricieux, "le Rec de la Coume Daniel", l’enjambe par un petit pont  et se termine par un étroit tunnel qui nous fait naître à Saint Antoine de Galamus, non s’en avoir un peut courbé l’échine et incliné nos têtes de touristes orgueilleux. (Pour les plus grands bien sur !!!) 

Ermitage

Commencée vers 1880 et achevée en 1892, sera réalisée l’incroyable route et tunnel (Photos et Cartes postales anciennes) qui aujourd’hui assurent la liaison entre l’Aude et les Pyrénées Orientale, entre Languedoc et Catalogne. Cet événement  est célébré par ce texte du poète Léonce RIVES, inscrit à l’entrée du tunnel routier :

« Dins aquel roc pelat que trauco la sabino

Oun l'aglo dins soun bol gausabo soul beni

Penjat per un courdel ambe la barromino

L'home coumo l'ausel a troubat un cami »

                                            Léonce Rives

« Dans ce roc pelé que troue la sabine

Où l'aigle dans son vol osait seul venir

Pendu par une corde avec la barre à mine 

L'homme comme l'oiseau a trouvé un chemin »

Ce quatrain écrit à la gloire de l’homme et à sa capacité à dominer "la nature"…sans jamais maîtriser "sa propre nature", j’ajouterais volontiers, ne m’essayant pas à la poésie, que si l’homme à trouvé son chemin, il a aussi irrémédiablement fait fuir l’aigle qui jusque là, dans ses aires séculaires, s’était accommodé de la présence de quelques ermites, de quelques dénicheurs aventureux, de quelques cueilleurs de simples et ramasseurs de "cagarols", de quelques naturalistes, et de quelques "processionnaires" qui de génération en génération célébraient chacun à leur manière cette sauvage nature.

Les premiers pèlerinages attestés ont lieu en 1733 pour les Pénitents Blancs de Quillan qui processionnent contre la sécheresse et en 1782 pour les paroissiens de Saint-Paul contre la suette miliaire (épidémie mortelle, mal connue qui sévit de façon récurrente en France de 1718 à 1906).

Aujourd’hui les messes, pèlerinages, et rencontres conviviales autour d’une "cargolade" perdurent les lundis de Pâques et de Pentecôte assurant une pérennité à la fréquentation sacrée du lieu.

La route des "gorges de Galamus" réalisée avec la hardiesse de ces hommes araignées déverse durant la saison estivale des flux de "touristes-pèlerins" "vomis" par la gueule de "Diablines", sorte de minibus électriques dont le nom "poétique" cache à peine les intentions. Mais passé la porte du Sanctuaire il semble que la Force des lieux arrive encore à pacifier les "esprits malins" qui quelquefois nous accompagnent. Dans tous les cas l’indifférence  ne semble pas de mise. Certains sont angoissés, d’autres apaisés, d’autres encore pleurent d’émotion, seuls les esprits « forts » ne laissent rien paraître de ce qui se manifeste dans le secret de leur cœur !

Presque aussi fragiles que l’aigle, les escargots dont le "petits gris" ou "cagaròl" (helix aspersa) ont subi une prédation humaine qui les a sérieusement raréfiés.

L’aigle, depuis un siècle environ à déserté le vallon de Saint Antoine, et quelquefois encore, venant du Canigou, rôde alentour peut-être à la recherche de ses aires ancestrales. Sur le site  poussent des arbustes nommés Genévriers de Phénicie (Juniperus Phenicae) qui s’accrochent  jusque sur les parois du sanctuaire et certains spécimens, selon des botanistes seraient pluri-centaires.

 

Genévrier de Phénicie

 

 

Genévrier de Phénicie

Cet arbuste aussi appelé Fausse Sabine se nomme en Catalan "Savina" et ne doit pas être confondu avec le Genévrier Sabine (Juniperus Sabina) ou Sabine qui pousse plus haut en altitude au delà de 1400m. Fausse Sabine ou Sabine les deux plantes contiennent dans leurs "fruits" et leur rameaux, des principes actifs extrêmement toxiques, voire mortels dans 50% des cas d’intoxication. Mais comme toujours "c’est la dose qui fait le poison", et les baies et les feuilles ont des propriétés emménagogues, vermifuges, rubéfiantes et abortives. Aucune tradition locale n’atteste d’une collecte à des fins médicinale ou de résolution "de mauvaise conduite"  laissant supposer que ces savoirs populaires restaient "discrets" voire "secrets". La plante était aussi utilisée en médecine vétérinaire pour faire avorter les brebis malades de la fièvre aphteuse et aussi contre la "pituite du poulet". Six gouttes seulement d’huile essentielle sont mortelles pour l’homme. Au regard du danger qu’elle représente la plante est à mon avis à exclure de tout usage médicinal personnel. Les "baies" du Genévrier de Phénicie ou Fausse Sabine sont rouges brique et symbolisaient dans les jardins monastiques des abbayes médiévales le rouge du Sang du Christ. Les baies du Genévrier Sabine ou Sabine Vraie sont  bleuâtres. L’ordonnancement du jardin de l’abbaye de Saint Gall, montre sur un plan exécuté vers 830,  au sud de l’église, dans le cloitre, une croix de Saint André  constituée de "Savina" : Vraie ou fausse Sabine la question reste ouverte, l’appellation "Savina" recouvrait probablement plusieurs espèces de genévrier. 

 

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"Les genévriers sont généralement des espèces pionnières se développant dans des situations écologiques extrêmes"; Ainsi, semblables aux genévriers les ermites de Galamus ont continûment, occupé ce site. A la frontière du "sauvage" et de la civilisation entre nature et culture, jouant ce rôle initiatique qui de tout temps leur à été dévolu : passeurs et gardiens d’un "monde intérieur", accompagnateurs sur le chemin initiatique de l’Existence vers l’Etre, de la quête amoureuse, comme métaphore, comme première expérience de l’amour divin. L’ethnologue Daniel Fabre nous donne dans son article le "Sauvage en personne" une superbe réflexion sur cette dynamique collective qui s’accomplit symboliquement, dans cet espace, à la frontière du Profane et du Sacré.

"Par ces vertus, par les conditions de leur mise en œuvre, la sabine parachève le tableau des qualités du territoire érémitique. A Galamus nichent les aigles dont la capture — au moins rêvée — coïncide avec l'accès à la pleine affirmation virile. Puis, on vient, chaque année, au printemps, y manger les escargots aussi gras et épicés que le langage et les manières qui, ce jour-là, sont de mise pour les jeunes gens. Mais ces derniers participent aussi à l'attente courtoise que l'ermite gouverne également : en sonnant à toute volée la cloche de son campanile n'appelle-t-on pas l'amour ?

Grâce à la sabine, celui-ci restera fixé dans le temps du désir et du plaisir sans fruit. Aigle, escargots et sabine sont donc les agents d'un ensauvagement dont ils signifient les progrès et les fins : s'affirmer en tant qu'hommes et faire servir cette différence, lentement conquise dans les marges, à la quête amoureuse." Le sauvage en personne. Daniel Fabre

L’ermitage apparaît déjà sous le vocable de Saint Antoine de GALAMUS en 1485 et le Pape Innocent  VIII ordonne à l’évêque d’Alet de "l’accorder" aux Observantins ou Frères Mineurs Réformés de l'Etroite Observance fondés en 1419 par Saint Bernardin de Sienne (1380-1444) aidé de Jean de Capistran (1385-1456).

"XXIV. Sur la prière de Frère Guillaume de Campredon , le Pape êcrivic à l'Evêque d'Alet, d'accorder aux Obfervantins l'Hermitage de saint Antoine de Galamus dans les Pyrénées,• dépendant de l'Eglife Collégiale de saint Paul, Innocent VIII. le leur confirma lan 1485- mais deux ans après le Chapitre de saint Paul s'y opposa , & le mesme Pape donna des Commissaires pour juger cette affaire , je ne fçais pas ce qu'ils ordonnèrent, mais ce lieu n'est pas dans nos Catalogues." Annales des Frères mineurs composées en latin . TRP Luc Wadinghes et RP Silvestre Castet

Les Observantins ou  frères Mineurs de l'Observance appartiennent à l’ordre de Saint François et faisaient vœux de pauvreté absolue, chose que l’Ordre lui-même ne pu, pour des raisons évidentes, mettre en œuvre de façon rigoureuse, conduisant la congrégation à des "dérives" qui firent l’objet de nombreux conflits et recadrages de la part de la papauté. Cette Observance stricte de la règle de Saint François fut certainement sincère et strictement mise en œuvre, pour la plupart des Frères qui épousaient cette voie spirituelle.

Ainsi l’ermitage est le lieu ou des hommes issus de différents courants religieux réguliers ou séculiers se retirent, pour une période ou pour une vie, afin de faire retour sur eux même et grâce à une vie faite d’abstinence et de rude condition, de favoriser la rencontre avec le Divin. Mais cette vie érémitique n’a pas comme but, une quelconque gloire personnelle obtenue par l’épreuve, elle n’est pas un chemin vers la sainteté pour la seule gloire de la sainteté,  elle est surtout un travail intérieur de purification qui à valeur de connaissance du cheminement spirituel, à destination de la communauté humaine, religieuse ou profane. Traditionnellement les ermites recevaient les personnes désireuses de les rencontrer afin de les aider dans leur cheminement spirituel et de façon plus prosaïque à soutenir les hommes et les femmes confrontés aux vicissitudes et aux épreuves de la vie.

Cette pratique spirituelle du retrait et de la mise à l’épreuve du corps et de l’âme, initiée par les Pères du Désert dont le Père fondateur fut Saint Antoine le Grand s’est édifiée sur le modèle de Christ se retirant au désert après son baptême par Jean le Baptiste.

TentationChrist

"La tentation de Jésus au Desert"

Saint Bertrand de Comminges

"Après son baptême, Jésus, rempli de l'Esprit Saint, quitta les bords du Jourdain; il fut conduit à travers le désert où, pendant quarante jours, il fut mis à l'épreuve par le démon. Il ne mangea rien durant ces jours-là, et, quand ce temps fut écoulé, il eut faim. Le démon lui dit alors : "Si tu es le Fils de Dieu, ordonne à cette pierre de devenir du pain". Jésus répondit : "Il est écrit : Ce n'est pas seulement de pain que l'homme doit vivre". Le démon l'emmena alors plus haut, et lui fit voir d'un seul regard tous les royaumes de la terre. Il lui dit : "Je te donnerai tout pouvoir et la gloire de ces royaumes, car cela m'appartient et je le donne à qui je veux. Toi donc, si tu te prosternes devant moi, tu auras tout cela". Jésus lui répondit : "Il est écrit : Tu te prosterneras devant le Seigneur ton Dieu, et c'est lui seul que tu adoreras". Puis le démon le conduisit à Jérusalem, il le plaça au sommet du Temple et lui dit : "Si tu es le Fils de Dieu, jette-toi en bas ; car il est écrit : Il donnera pour toi à ses anges l'ordre de te garder ; et encore : Ils te porteront sur leurs mains, de peur que ton pied ne heurte une pierre". Jésus lui répondit : "Il est dit : Tu ne mettras pas à l'épreuve le Seigneur ton Dieu". Ayant ainsi épuisé toutes les formes de tentation, le démon s'éloigna de Jésus jusqu'au moment fixé."  Luc 4, 1-13

Le désert, c’est aussi l’Exode, c’est l’errance des Hébreux pendant 40 ans soumis à la faim à la soif et au doute.

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A la suite de Saint Antoine, fondateur de la vie érémitique les pères du désert, Paul de Thèbes, Pacôme le Grand, Evagre le Pontique, Maxime le Confesseur, Irénée de Lyon etc., nous laisseront un héritage spirituel unique sous forme d’apophtegmes, écrits propices à une réflexion spirituelle dont voici un exemple :

"Si des mauvaises pensées te font la guerre, ne les cache pas, mais dis-les tout de suite à ton Abba. Plus on cache ses pensées, plus elles deviennent nombreuses et fortes. C'est comme un serpent : sorti de son trou, il s'enfuit aussitôt. Ainsi la mauvaise pensée s'en va dès qu'on la montre.

Mais si on la cache, c'est comme un ver dans le bois, elle détruit le cœur. Celui qui montre ses pensées est aussitôt guéri; celui qui les cache se rend malade d'orgueil." (anonyme).

Mais si la mémoire collective nous rapporte le souvenir des Pères du desert ou "Abbas" elle oublie singulièrement les Mères du désert ou "Ammas" tout aussi importante dans la transmission spirituelle du Christiannisme comme Synclétique d'AlexandrieThéodora d'Alexandrie et Sarah Amma du désertMelania l'AncienMélanie la JeuneOlympiasSaint Paula et sa fille Eustochium. Et si j'insiste sur cet aspect c'est que son importance est cruciale pour la suite de notre propos.

Outre les apophtegmes les Mères et Pères spirituels nous ont aussi laissé des traités "des maladie spirituelles" et de leur thérapeutique : la colère, l’avarice, la gastrimargie, la vaine gloire, l’orgueil, la tristesse et l’ascédie, ou bien selon la tradition orthodoxe, la Philautie, la Gastrimargie, la Luxure, la Philargyrie, la Pléonexie, la Tristesse, l’Acédie, la Colère, la Crainte, la Cénodoxie et l’Orgueil qui restent au XXI ième siècle d’une constante actualité et dont Jean Claude LARCHET nous fait une brillante restitution dans son ouvrage "Thérapeutiques des maladies spirituelles" aux Edition Le Cerf. 

Grotte Eglise

Chemin faisant il ne faudrait pas oublier qu'avant d'être un ermitage le lieu est une grotte dédiée à Marie Madeleine. Des parois, couvertes ça et là de pariétaires, s'écoulent en permanence des gouttes d'eau et au fond de la grotte une source diffuse alimente un petit bassin où certains jetant une pièce, espèrent que leur voeux seront exaucés. Comme souvent dans les sanctuaires dédiés à Marie-Madeleine et à la Sainte Baume en particulier, on retrouve ces petites venues d'eau issues de la percolation des sols, et qui sont associées aux larmes que de la Sainte Femme versa au pied de la croix ou sur les pieds du Christ : larmes regardées comme le "sang de l'âme": "Et voici, une femme pécheresse qui se trouvait dans la ville, ayant su qu'il était à table dans la maison du pharisien, apporta un vase d'albâtre plein de parfum, et se tint derrière, aux pieds de Jésus. Elle pleurait ; et bientôt elle lui mouilla les pieds de ses larmes, puis les essuya avec ses cheveux, les baisa, et les oignit de parfum. (luc, VII 37)

Grotte Marie Madeleine1

Mais si la métaphore est jolie, rien ne laisse supposer, dans les évangiles que Marie Madeleine soit la pécheresse évoquée. La confusion de Marie de Magdala, de Marie de Béthanie et de la Pêcheresse des quatre Evangiles est probablement une "trahison des textes Evangéliques" par les fondateur même de l'Eglise catholique : Saint Augustin emettant une hypothèse et à sa suite le Pape Grégoire le Grand fondant la doctrine officielle (Grégoire le Grand Homiliae in Evangelium 2, 33). Ceux ci trouvèrent probablement arrangeant de proposer cette image de la femme pêcheresse et repentie. En la conservant dans l'indignité et l'impureté, en identifiant la femme au péché, les femmes aux péchés, contrairement à la volonté du Christ, il pouvaient continuer à exclure la femme de la transmission spirituelle. Les évangiles témoignent de la volonté du Christ à l'égard des femmes à maintes places : "Comme Jésus était en chemin avec ses disciples, il entra dans un village, et une femme, nommée Marthe, le reçut dans sa maison. Elle avait une sœur, nommée Marie, qui, s'étant assise aux pieds du Seigneur, écoutait sa parole. Marthe, occupée à divers soins domestiques, survint et dit : Seigneur, cela ne te fait-il rien que ma soeur me laisse seule pour servir ? Dis-lui donc de m'aider. Le Seigneur lui répondit : Marthe, Marthe, tu t'inquiètes et tu t'agites pour beaucoup de choses. Une seule chose est nécessaire. Marie a choisi la bonne part, qui ne lui sera point ôtée". Luc (X 38-42)

Cette scène qui se déroule chez Marthe et Marie, sœurs de Lazare, à Béthanie en Judée près de Jérusalem ne nous parle certe pas de Marie Madeleine mais de Marie de Béthanie mais montre l'importance et la confiance faite à la femme par Jésus et évoque cette "bonne part" que l'on pourrait identifier à la contemplation, la méditation, l'écoute de la parole divine. L'héritage d'Augustin d'Hippone (Saint Augustin) pérenise la misogynie ambiante du Judaïsme et la redéfinie au sein du Christianisme, altérant de façon durable le message de Jésus-Christ, hypothéquant le Contrat Divin, que tente de renouveler le Christanisme naissant. Même si cette constatation est inconfortable sur le plan intellectuel et spirituel, elle ne peut être passée sous silence et peut nous inciter à essayer de nous tenir au plus près du message évangélique.

-"Augustin a legué a sa postérité le decri de Ia sexualite et la misogynie  que je qualifierais de "misogynie chrétienne", puis de la "misogynie cléricale". Ses successeurs sauront, gràce à lui (même s'ils dépassent sa pensée) justifier la diabolisation de la femme.

-"Augustin a legué a sa postérité l'obession de la faute, de la culpabilité. C'est lui qui à donné au péché originel sa forme définitive, il en est au sens propre l'inventeur."

-"Augustin a legué a sa postérité, par ses écrits et ses positions à la fin de sa vie, l'imposition de la vérité par la contraite, ce qui permettra à ses successeurs de justifier les bûchers pour les hérétiques, les bûchers pour les sorcières".

"La Diabolisation de la femme" - Alain PIOT.Edition de L'Harmattan

Témoin de la rivalité entre l'Homme et la Femme, et de la mysogynie du premier, germe de cette ségrégation qui perdurera dans l'Eglise, l'Evangile de Marie nous rapporte  cette scène:

"Pierre ajouta : "Est-il possible que le Maître se soit entretenu ainsi, avec une femme, sur des secrets que nous, nous ignorons ? Devons-nous changer nos habitudes, écouter tous cette femme ? L'a-t-iI vraiment choisie et préférée à nous ?" Alors Marie pleura. Elle dit à Pierre : « Mon frère Pierre, qu'as-tu dans la tête ? Crois-tu que c'est toute seule, dans mon imagination, que j'ai inventé cette vision ? ou qu'à propos de notre Maître je dise des mensonges ? "Lévi prit la parole : "Pierre, tu as toujours été un emporté ; je te vois maintenant t'acharner contre la femme, comme le font nos adversaires. Pourtant, si le Maître l'a rendue digne, qui es-tu pour la rejeter ? Assurément, le Maître la connaît très bien. Il l'a aimée plus que nous. Ayons donc du repentir, et devenons l'être humain dans son intégrité ; laissons-Le prendre racine en nous et croître comme Il l'a demandé. Partons annoncer l'Évangile sans chercher à établir d'autres règles et d'autres lois en dehors de celle dont Il fut le témoin." Dès que Lévi eut prononcé ces mots, ils se mirent en route pour annoncer l'Évangile." (Évangile selon Marie)

ou bien

"En effet, les parfaits, c’est par un baiser qu’ils conçoivent et engendrent. C’est pourquoi nous aussi nous embrassons mutuellement et c’est par la grâce qui est en nous mutuellement que nous recevons la conception. Il y avait trois femmes qui étaient proches du Seigneur : sa mère Marie et sœur et Marie Madeleine, qu’on appelait sa compagne. En effet, sa sœur était une Marie, sa mère et sa compagne aussi. [...] [Quant à Ma]rie Ma[de]leine, le S[auveur l’aimait] plus que [tous] les disci[ples et il] l’embrassait sur la [bouche sou]vent. Le reste des [disciples] [..].... [..]..[..].. ils lui dirent :"Pourquoi l’aimes-tu plus que nous tous? " (Évangile selon Philippe)

L'épisode de la "La pécheresse pardonnée" dissocié de l'identité "Magdalénienne" nous instruit avec force et acuité sur la posture exitentielle de Jésus à l'égard de la femme, de cette femme dont l'homme "abuse" et qu'ensuite il "condamne" essayant d'incrire de façon durable la marque du pèché dans sa nature même.

"Un pharisien pria Jésus de manger avec lui. Jésus entra dans la maison du pharisien, et se mit à table.7.37 Et voici, une femme pécheresse qui se trouvait dans la ville, ayant su qu'il était à table dans la maison du pharisien, apporta un vase d'albâtre plein de parfum,7.38 et se tint derrière, aux pieds de Jésus. Elle pleurait; et bientôt elle lui mouilla les pieds de ses larmes, puis les essuya avec ses cheveux, les baisa, et les oignit de parfum.7.39 Le pharisien qui l'avait invité, voyant cela, dit en lui-même: Si cet homme était prophète, il connaîtrait qui et de quelle espèce est la femme qui le touche, il connaîtrait que c'est une pécheresse.7.40 Jésus prit la parole, et lui dit: Simon, j'ai quelque chose à te dire. -Maître, parle, répondit-il. -7.41 Un créancier avait deux débiteurs: l'un devait cinq cents deniers, et l'autre cinquante.7.42 Comme ils n'avaient pas de quoi payer, il leur remit à tous deux leur dette. Lequel l'aimera le plus?7.43 Simon répondit: Celui, je pense, auquel il a le plus remis. Jésus lui dit: Tu as bien jugé.7.44 Puis, se tournant vers la femme, il dit à Simon: Vois-tu cette femme? Je suis entré dans ta maison, et tu ne m'as point donné d'eau pour laver mes pieds; mais elle, elle les a mouillés de ses larmes, et les a essuyés avec ses cheveux.7.45 Tu ne m'as point donné de baiser; mais elle, depuis que je suis entré, elle n'a point cessé de me baiser les pieds.7.46 Tu n'as point versé d'huile sur ma tête; mais elle, elle a versé du parfum sur mes pieds.7.47 C'est pourquoi, je te le dis, ses nombreux péchés ont été pardonnés: car elle a beaucoup aimé. Mais celui à qui on pardonne peu aime peu.7.48 Et il dit à la femme: Tes péchés sont pardonnés.7.49 Ceux qui étaient à table avec lui se mirent à dire en eux-mêmes: Qui est celui-ci, qui pardonne même les péchés?7.50 Mais Jésus dit à la femme: Ta foi t'a sauvée, va en paix" Luc 7.36

C'est grâce à ce "va en paix" que Jésus libère la femme, c'est par cette parole qu'il ne l'immobilise pas, qu'il ne la fixe pas dans le pêché, dans l'image collective et sociale négative, c'est par cette parole qu'il l'absout de façon définitive, la libère de cet archaîque fardeau et l'encourage à poursuivre son cheminement vers sa lumière !!!!!

De la Marie Madeleine Evangélique à la Marie Madeleine Légendaire et Mythique la distance est devenue immense au fil des siècles. Ainsi le visage symbolique de Marie Madeleine s'éclaire d'un nouveau jour, d'un nouveau sens, d'une nouvelle lumière, une nouvelle conscience se fait jour restaurant une image de la femme et du féminin, qu'avait obscurci 14 siècles d'un "mensonge politique" et existentiel. Marie Madeleine, après avoir évangelisé Marseille se retire d'abord dans les grottes dites de Saint Victor et ensuite à La Sainte Baume. Sous ce nouvel éclairage elle nous apparait surtout comme "apôtre" et disciple préférée de Jésus, Amma, c'est à dire Mère Spirituelle et surement une des premières ermites(esses) de la Chrétienté.

Pour une analyse approfondie consulter : "Les figures bibliques de Marie-Madeleine, une histoire d’AmourJean-Philippe Watbled Professeur à l’Université de la Réunion.

Marie-Madeleine c'est la femme à qui Jésus rescussité est apparu en premier:"Le premier jour de la semaine, Marie de Magdala se rendit au sépulcre dès le matin, comme il faisait encore obscur;et elle vit que la pierre était ôtée du sépulcre". (Jean, XX 1). Marie ne reconnait pas Jésus rescussité:"Femme, pourquoi pleures-tu? Qui cherches-tu? Elle, pensant que c'était le jardinier, lui dit : Seigneur, si c'est toi qui l'as emporté, dis-moi où tu l'as mis, et je le prendrai. Jésus lui dit : Marie ! Elle se retourna, et lui dit en hébreu : Rabbouni ! C’est-à-dire, Maître ! Jésus lui dit: Ne me touche pas ; car je ne suis pas encore monté vers mon Père. Mais va trouver mes frères, et dis-leur que je monte vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu. Marie de Magdala alla annoncer aux disciples qu'elle avait vu le Seigneur, et qu'il lui avait dit ces choses". (Jean,XX 15-18)  

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Noli me tangere (Ne me touche pas) FraAngelico

Marie de Magdala présente au pied de la croix, à la mort se jésus, fut la première à voir Jésus ressusité. Ainsi elle avait assité à l'ensemble du parcours de mort et de résurection. Elle est donc initiée à ce processus et porte symboliquement, la capacité de faire "renaître" les êtres qui s'y abandonnent.

Car en effet qu'allons nous faire dans toutes ces grottes, dans ces lieux souterrains, qu'allons nous chercher, à quelle expérience sensorielle essayons nous de nous confronter ? Qu'espérons nous éprouver ? Et au delà des grottes que cherchons nous, sous ces voutes de chapelles, d'églises ou de cathédrales?. Touristes aguerris ou endurcis, parfois même revendiquant un athéisme forcené, n'irions nous dans ces lieux que par curiosité, ou pour leur beauté, somme toute, très relative !...Peut-être allons nous à la rencontre de cette Femme symbolique, archétypique, ce Féminin des Profondeurs que célèbre le Cantique des Cantiques :

"Ma colombe,

cachée aux creux des rochers

Dans les détours,

montre moi ton visage!

Fais moi entendre ta voix

car ta voix est douce

splendide ton apparence."

Cantique II, 14.  

 


"Magna parens terra est"

 Notre "grand mère c'est la terre (Ovide, Métamorphoses, 1,vv,393,394)